Après une longue pose, voici une longue prose, polémique, qui devrait combler les esprits pour commencer l’année 2014.

À la question de savoir si le végétarisme est nécessaire pour être en parfaite santé, l’hygiénisme a depuis longtemps été scindé en deux courants antagonistes: l’un prônant le végétarisme, voire le végétalisme, et l’autre clamant haut et fort qu’un tel régime alimentaire conduit forcément à des carences et donc des problèmes de santé. Aujourd’hui ces deux courants sont toujours bien actifs, avec d’un côté la minorité représentée par le docteur Doug Graham et son régime crudivore-frugivore hypo-lipidique 80/10/10, héritier des travaux de T.C. Fry, et de l’autre côté la majorité représentée par les docteurs renommés de la Natural Hygiene Association comme Alec Burton, Dr. Fielder, Dr. Vetrano, élèves de l’école « sheltonienne », encourageant une consommation minimale de produits animaux et même une certaine quantité d’aliments cuits.

Que faut-il en penser, et quelles conclusions pouvons-nous en tirer pour la gestion de notre santé ? Le végétarisme est-il nécessaire à l’épanouissement de notre organisme ?

Pour les lecteurs pressés, ma réponse à cette question difficile, c’est « Oui« . Et pour ceux qui désirent connaître mon raisonnement en détail, et comprendre qu’en fait, ma position n’est pas aussi tranchée qu’elle en a l’air, qu’ils continuent la lecture…

En premier lieu, reconnaissons que l’anthropologie prouve que l’homme possède un organisme similaire à celui des grands singes, ses caractéristiques démontrant à tous points de vue qu’il est bien plus destiné à la consommation de fruits et de végétaux que de produits animaux (dentition d’herbivore, mains de cueilleur, acidité limitée des sucs gastriques, longueur des intestins, etc.). Cela ne nous dit pas, par contre, si une part de l’alimentation ne devait pas être d’origine animale, car l’homme est omnivore, a des ancêtres chasseurs-cueilleurs, et a toutefois la capacité de digérer ces produits, en quantités limitées.

Listons ensuite quelques constats, qu’il ne sera pas nécessaire de détailler, car généralement acceptés par tous :

- L’industrie de la viande et du poisson d’aujourd’hui est décadente et la qualité de ces produits est très basse

- Les repas constitués en majeure partie de protéines animales (et contenant presque toujours une quantité importante de lipides) sont « lourds », c’est-à-dire bien plus difficiles à digérer que les repas végétariens. Comparez un sprint après un repas de viande et après un repas de bananes apportant le même nombre de calories…

- Les lobbies des industries de la viande et du poisson sont parvenus à nous faire sur-consommer ces produits

- La sur-consommation en général, mais surtout la sur-consommation d’aliments difficiles a digérer, donc de viande et de poisson, est génératrice de maladies

La logique implique par conséquent que si nous mangeons à la manière normée de notre société, ou si nous sommes malades, la réduction, voire la suppression des produits animaux est bienfaisante, voire nécessaire, au moins temporairement, à l’atteinte de notre plein potentiel, ou au recouvrement de notre pleine santé.

Bon, et qu’en est-il de ceux qui sont déjà crudivores, ou qui mangent déjà de façon plus « naturelle » ? Plusieurs études de référence, et même l’OMS, définissent que les besoins journaliers de protéines sont bien plus faibles que ce que l’on pense. Une loi facile à mémoriser est de se souvenir qu’ils sont généralement comblés lorsque nous avons consommé environ la moitié de notre poids de protides, en grammes. Par exemple, un homme de 70 kg devrait avoir ses besoins comblés, en moyenne, avec seulement 35 g de protéines par jour (l’OMS qualifiant « d’acceptable » jusqu’à 58 g). Sachant que suivant un régime de type 80/10/10 cette quantité de protéines est généralement ingérée au cours de la journée, à condition de ne pas oublier de manger beaucoup de laitue ou autres feuilles vertes, surgit alors la question de savoir si les protéines végétales peuvent totalement se substituer aux protéines animales. Malheureusement, je ne répondrai pas directement à cette question, car même les experts de la nutrition ne peuvent y répondre avec assurance absolue. Je me contenterai de vous suggérer des idées qui me sont dictées par le bon sens :

- Il existe d’innombrables cas de personnes, même fameuses, qui furent végétariennes pendant une grande partie de leur vie, et qui semblent avoir eu une vie exemplaire, ayant atteint leur plein potentiel physique et mental (artistes, sportifs, penseurs, etc.). L’absence de protéines animales pendant une longue, voire très longue période, est donc tout à fait possible.

- Les protéines étant importantes pour la croissance et la regénération cellulaire leur consommation moyenne devrait sans doute suivre une courbe décroissante durant notre vie, car la croissance est au maximum chez les bébés et au minimum chez les vieillards.

- En présence de pathologie, la solution hygiéniste par excellence est le jeûne. Seulement, notre addiction aux plaisirs de la bouche, combinée avec ses implications émotionnelles est telle que la majorité des gens ne sont pas capables de jeuner. D’accord, mais quelle est la deuxième meilleure solution ? Le repos de notre système digestif. C’est-à-dire, la diminution de la quantité d’aliments ingérée, et surtout la simplification des repas pour faciliter le travail de l’estomac et des intestins. Donc la suppression des aliments « lourds ». Donc la suppression des protéines animales !

- Pour toutes les personnes se sentant en pleine santé, et sentant avoir atteint leur plein potentiel (ayant déjà fait l’expérience du végétarisme pendant au moins quelques mois sans avoir découvert des capacités insoupçonnées), les produits animaux de qualité (difficiles à trouver) sont-ils recommandés ? Bien-entendu! Pourquoi pas ? Je pense que quelques centaines de grammes de viande ou de poisson, un œuf, et peut-être même un verre de lait, deux ou trois fois par semaine (aliments à consommer si possible crus, ou très peu cuits), peuvent bénéficier l’organisme, car se sont des protéines différentes des protéines végétales, qui entrent dans notre organisme de manière différente, participent à la construction cellulaire à leur manière, sont une source plus sûre de vitamine B12, sont les aliments « Yang » (cf. la médecine chinoise) qui permettent de nous relier à la terre, nous équilibrant en compensant l’effet « Yin » de presque tous les fruits et légumes crus, n’enfreignent pas forcément les ratios 80/10/10 (même si l’œuvre du Dr. Graham prône le végétalisme), etc.

- En hiver, et en règle générale à mesure que nous nous éloignons de l’équateur et atteignons des latitudes plus « froides », l’attraction, instinctive, vers les produits animaux semble augmenter, montrant qu’il existe quasi-certainement un réel besoin de couvrir un plus important ratio de nos calories journalières par les lipides et les protides, sans oublier qu’un autre effet des aliments « Yang » est leur capacité à réchauffer le corps.

- La majorité des informations disponibles sur Internet prônant le végétarisme ou le végétalisme sont biaisées par des idées éthiques ou politiques. En fait, végétarisme et végétalisme sont souvent adoptés après conversion à des idéologies de protection animale, d’anti-spécisme, etc., créant de vraies œillères faisant oublier de considérer les principes fondamentaux de la physiologie du corps humain, et même parfois le bon sens. Ainsi beaucoup de végétariens oublient d’écouter les messages basiques de leur corps et en viennent à consommer des super-aliments, à prendre des piqûres trimestrielles de vitamine B12, font face à de réels problèmes de santé, qui pourraient sans doute être résolus par l’acceptation d’inclure un minimum de produits animaux dans leurs réfections.

Revenons donc sur la conclusion hâtive du début d’article : j’écrivais « Oui » au végétarisme pour être sûr que les personnes pressées « s’empressent » d’augmenter leur consommation de fruits et légumes et réduisent leurs portions de viande et de poisson, car généralement cela bénéficiera grandement à leur organisme, et parce que je suis convaincu qu’il est impossible de créer des carences à court-terme (jusqu’à plusieurs années) en étant végétarien ou même végétalien. Mais si vous m’avez lu jusqu’ici, vous comprenez qu’il est tout à fait possible d’inclure des protéines animales dans notre régime alimentaire, tout en continuant de le décrire comme un régime sain ! Apres tout, pour battre le record d’ultra-running de 12 heures du géant grec Yiannis Kouros, on est oblige d’être en parfaite santé, et Zach Bitter, qui « tourne » sur un régime incorporant une quantité relativement importante de produits animaux (qu’il m’est tout de même bien difficile de qualifier de « Paléo » comme il plait aux fervents défenseurs de ce style d’alimentation), l’a fait! Il sera d’ailleurs intéressant de suivre l’évolution de son parcours sportif et alimentaire dans les prochaines années.

Sur ce, prenez soin de vos biftecks en 2014!

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